Q : Pourquoi une société comme Dargaud, jusque-là plutôt productrice de séries d'animation françaises, s'est-elle intéressée à une série japonaise comme Naruto?
R : Vous connaissez évidemment le label Kana qui a rencontré depuis de nombreuses années un grand succés. Le manga n'est pas un phénomène de mode. C'est un secteur que nous parrécions et nous avons souhaité franchir un palier supplémentaire en developpant des licences autour de titres déjà installés par Kana. En fait, c'est une démarche qui s'est imposé naturellement. Nos partenaires japonais nous en ont parlé et nous n'avons pas hésité. Notre première aquisition a été Naruto pour laquelle nous avons les droits TV, vidéo et merchandising* pour la France, la Belgique, la Suisse et les Pays-Bas.
(*) Les produits dérivés
Q : On sait que Naruto est proposé depuis trois ans à l'ensemble des chaînes qui connaissent déjà très bien la série. Pourtant personne n'en a voulu jusqu'ici. Pensez-vous avoir plus de chance de les convaincre, notamment les grandes chaînes hertziennes?
R : Aujourd'hui, plusieurs chaînes du câble et du satellite veulent absolument programmer cette série. En ce qui concerne les grandes chaînes, celle-ci doivent respecter certaines règles. Tout d'abord, ce n'est pas un programme français, et vous le savez, elles doivent respecter des quotas. Ensuite, elle trouvent que c'est un programme "violent". presonnellement, je ne trouve pas que ce soit plus violent que ce que nous regardions tous quand nous étions plus jeunes, que ce soit Récré A2 ou Club dorothée, mais les règles de la télévision ont évolué.
Aujourd'hui, même si la version originale est pourtant destinée aux enfants au Japon, la législation et les limites imposées par le CSA font que ces chaînes se demandent si elles peuvent le diffuser tel quel dans une case jeunes hertzienne. Il va donc falloir s'adapter. Il existe actuellement une version "editing" retravaillée pou le marché américain qui passe là-bas sur Cartoon Network US et que nous allons probablement utiliser pour la plus large diffusion. Néanmoins, nous proposerons aussi la version intégrale aux autres chaînes moins exposées qui s'adresse à un public plus agé. Pour l'instant, nous n'avons pas encore arrêté notre choix en termes de chaîne. C'est un dossier tout neuf pour nous que nous avaons seulement commencé à travailler depuis le mois de septembre. Et nous sommes malgré tout déjà très courtisés!
En dehors de la télévision, nous préparons aussi tout un programme de lancement vidéo et de produits dérivés.
Q : D'après vous, pour que Naruto occupe une belle place sur une grande chaîne, passer par une version "remaniée" est donc obligatoire?
R : Ce n'est aps moi qui le dis, c'est une de leurs demandes.
Q : Et pourquoi ne pas essayer, pour une fois, de la programmer en dehors de ces famauses cases jeunesse?
R : Nous avons aussi fait cette proposition, en effet, et nous en discutions.
Q : Pouvez-vous nous parler un peu de cette version "editing" américaine? Est-elle autant transformée que Saint Seiya dont grand nombre de détails avaient été modifiés, y compris le sang teinté en bleu?
R : Cette version est réalisée en étraite collaboration avec les ayants droit qui souhaitent, malgré tout, que leur série ne soit pas dénaturée. Quand on coupe quelque chose, on le coupe, mais on ne le refait pas. Il s'agit en fait surtout de scènes qui, selon moi, n'enlèvent rien au scénario. Certains textes sont parfois adoucis, notamment des injures. Mais pour l'instant, seuls une dizaine d'épisodes ont été réalisés aux Etats-Unis et il est encore un peu tôt pour avoir une vision objective et complète de ce travail car le début de la série n'est pas le plus problématique.
Q : Vous êtes conscient que vos propos vont faire bondir de nombreux fans qui attendent cette série depuis longtemps, mais qui ne veulent pas d'une version américanisée ...
R : Oui, mais ce qu'il faut retenir en ce qui nous concerne, c'est que deux versions existeront en France : une version intégrale pour les fans, et une seconde que l'on apellera la version "editing" plus adaptée aux grandes chaînes et à un large public. Malgré tout, l'esprit de la série sera conservé et l'on ne va pas rebatiser les personnages Raymond ou Michel, comme on a pu l'entendre dans certaines séries japonaises doublées dans les années 80-90 ...
Et ceux qui voudront la version la plus proche de l'originale pourront la retrouver sur les chaînes cab-sat et en DVD, soit en VO sous-titrée, soit en version doublée.
Q : Vous avez donc choisi d'utiliser la version américaine pour la diffusion du grand public. Pourquoi ne pas faire ce travail vous-même?
R : c'est un travail énorme et un processus long. C'est plus simple de ne le faire qu'une seule fois. Et puis les épisodes de la version américaine que nous avons vus ne nous paraissent pas si éloignés de la version originale.
Q : Finalement, vous allez procéder un peu comme Dragon Ball Z aux Etas-Unis qui a eu droit à une version doublée intégrale et une seconde complètement adaptée pour la télévision ...
R : Exactement. Les deux versions coexisteront.
Q :Parlons justement de la sortie vidéo. Quand pourrons-nous découvrir les premiers épisodes et qui va les éditer?
R : Nous allons sortir dès le mois de janvier 2006 la saison 1, soit 26 épisodes, directement en coffret DVD en VF (intégrale) et VO sous-titrée. Ces DVD seront édités par Kana Vidéo, un nouveau label que nous vennons de créer.
Nous commençons par des coffrets, mais nous sortirons sûrmeent dans un second temps des DVD plus simples de la version editing pour le grand public.
Q : Vous avez aussi les droits dérivés, cela signifie que vous comptez créer un "phénomène Naruto"?
R : Oui, mais ce sera pour un second temps. On ne peut pas tout faire dès le lancement de la série en DVD. Pour mettre sur le marché une gamme de produits dérivés (t-shirt, chaussettes, bandeux...), il faut une bonne année de travail. Ce que nous commençons à prévoir aujourd'hui, vous ne le verrez pas avant septembre 2006. Il y aura des produits dérivés d'autant que les partenaires habituels de TV Tôkyô et Shûeisha (Panini, Bandai et Mattel) travailleront aussi cette licence sur leurs secteurs respectifs. Nous travaillons de concertdès à présent.
Q : Arriverez-vous à bien vous entendre pour avoir une gamme de produits homogènes dans leur présentation ou leur traduction, un peu comme pokemon qui, selon moi, est un modèle du genre?
R : Nous détenons des licences qui ne portent que sur les pays francophones et les Pays-Bas, mais nous ne sommes pas l'ayant droit. Nous recevons du matériel du Japon, notamment une charte d'utilisation des personnages. Nous la faisons ensuite appliquer à nos licenciés, mais nous ne pouvons rien imposer chez bandai ou chez Mattel. Néanmoins, cela n'empèche pas de nous consulter étant donné que Kana a déjà réalisé des traductions de certains noms ou techniques.
Q : Est-ce que la personne qui trauit actuellement le manga va se charger aussi du dessin animé ?
R : Dés lors qu'il le peut et que c'est cohérent, oui. Il connaît très bien l'histoire, alors c'est logique qu'il s'en occupe.
On part du principe que le succés de Kana, au delà du fait que l'on ait de très bonnes séries, est dû au fait que l'on a toujours respecté le produit original comme la présentation, le sens de lecture, la justesse des traductions, etc.
Pour la vidéo, ce sera pareil : nous ferons attention à travailler de la même façon. Par exemple, pour la jaquettes des DVD, nous allons coller graphiquement à la présentation des DVD japonais. Je sais qu'il y a une grosse attente du public sur Naruto et qu'il nous attend au tournant. Nous avons tous conscience ici, mais sachez que Kana Vidéo va bénéficier de toutes les ressources et du savoir-faire de Kana.
Q : Qu'en est-il pour les deux films existants? Y aura-t-il un passage au cinéma ou une sortie en DVD?
R : Pour l'instant, nous ne les avons pas acquis. Ce sont des choses qui seront éventuellement discutées un peu plus trad. Il est un peu tôt pour prévoir de tels projects, d'autant qie le cinéma représente lui aussi un secteur et un travail spécifiques.
Q : En dehors de Naruto, prévoyez-vous d'éditer d'autres titres chez kana Vidéo?
R : Oui, c'est certain. On ne peut pas créer un tel label uniquement autour d'une seule sortie, même si Naruto est très porteur. Nous avons envie de sortir de nombreux titres, évidemment en echo aux publications de Kana, mais pas uniquement. S'il y a de bonnes séries qui viennet de manga publiés par d'autres, nous les prendrons aussi. je ne sais pas encore si ces sorties seront dès lors intégrées à Kana Vidéo ou si nous créerons un autres label spécifique, mais toujours est-il que nous avons une véritable envie de monter un vrai catalogue d'animation japonaise.
Q : Vous avez édité plusieurs manga d'abord inconnus, mais dont la version animée a fini par ariver sur une grande chaîne de télévision. Je pense notamment à Detective conan, mais aussi Yu-Gi-Oh! ou Mirmo. Est-ce qu'une diffusion télévisée comme celle-ci relance les ventes du manga du même titre?
R : Dans tous les cas oui, mais le phénomène est plus ou moins important sur certaines séries que sur d'autres. Même dans la BD traditionnelle, nous avons pu constater que la récente diffusion du Marsupilami ou Lucky Luke avait une influence certaine sur les ventes, bien que le phénomène soit plus diffus à cause du grand nombre d'albums. Le manga Yu-Gi-Oh! a ainsi très bien fonctionné à partir du moment où la série est arrivée sur M6.
Mais pour revenir à Naruto, ce qui nous étonne aujourd'huin c'est que les ventes de la BD augmentent plus vite qu'un titre à la forte notoriété comme Yu-Gi-Oh!, et ce, sans aucune diffusion télévisée. La bouche à oreilles fonctionne à merveille et je ne vous apprendrai rien en vous disant que c'est une série complète avec de l'humour, de l'action, une quête, un mystère, etc.
Voila pourquoi nou somme persuadés que dans moins d'un ans, Naruto sera sur une chaîne hertzienne.



